Ecrivain, romancière adulte et jeunesse, je ne vis pas en Seine Saint-Denis mais j’y construis et y affirme mon engagement artistique et citoyen. Là s’incarnent mes valeurs de partage et de solidarité, dans un espace et une ambition qui font figure d’exemple en France, où la culture a droit, et même, devoir de Cité ; de cela je suis fière.
Je suis active en Seine Saint-Denis depuis deux ans, à travers des projets artistiques destinés au collège, favorisant la créativité individuelle aussi bien que le lien social : Résidence d’un an à Sevran dans le cadre du dispositif « In Situ » ; dans le cadre de « Culture et Art au Collège », projet avec les Rencontres Chorégraphiques de Seine Saint-Denis autour de la notion d’Espace Protégé, à Montreuil et à Bagnolet ; et projet « Littérature et Musique » à Aubervilliers en association avec la Manufacture de Piano et la Salle Pleyel.
Je sais une chose : il n’y a pas de dignité sans droit à la culture. J’ai travaillé quatre ans dans l’humanitaire au Vietnam et à Manille, auprès d’enfants des rues prostitués, drogués, affamés, malades. La première chose que nous leur avons donnée n’était ni de la nourriture, ni un toit, ni des médicaments, mais un appareil photo. Nous avons cru que leur désir de vivre était indissolublement lié à la reconquête d’une dignité. A travers l’objectif des appareils photos, ils ont tenus le monde à distance, cessé de le subir, l’ont transformé par le regard, et partagé avec autrui. C’était le début d’un processus qui les amènerait à une foi en eux et les conduirait vers l’école, la famille, l’apprentissage d’un métier.
Je me souviens aussi qu’il y a quelques années, le Secours Populaire, avec qui j’ai mené une action commune affirmait haut et fort que la culture était un droit prioritaire, et non un élément superflu.
L’art, pour moi , c’est l’espace où on ne subit plus le monde mais où on le recrée, le nomme, le possède. C’est, très concrètement, un lieu où on peut naître, renaître à soi et au monde, devenir libre.
Quelqu’un m’a dit un jour, devant mon inquiétude face à l’effritement de notre politique culturelle : "Ça n’empêchera pas le téléphone de sonner". N’oubliez pas Balzac : "La résignation est un suicide quotidien".